Lib?ration de Sannerville 1944-2004

Lundi 6 juillet 2009







L'exposition Goodwood
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La st?le Goodwood
La stèle Goodwood


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Sannerville





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Sannerville, le village anéanti

Sannerville, le village anéanti, s'accroche à la vie, avec un émouvant courage.

Il ne reste plus qu'une maison debout mais les services courtelinesques ne comprennent pas pourquoi les impositions ne sont pas honorées...


Une journée de printemps au coeur de l'hiver. Un gai soleil couvre la plaine de ses rayons dorés et inonde les gens et les choses d'une douceur inaccoutumée. La joie est dans l'air, on se sent heureux de vivre.

Mais soudain tout change. Au détour de la route, le soleil n'a plus, semble-t-il, les mêmes reflets sur les pans de murs croulants et les arbres mutilés, semblables à des chemins de croix qu'on découvre subitement.

Nous sommes à Sannerville. C'était, au pied des buttes boisées, à la limite des plaines de Caen et du pays d'Auge, un riant village semblable à tant de petits bourgs de France. C'est aujourd'hui une des premières communes martyres de notre Normandie si éprouvée.

Hier, 133 foyers, 500 habitants.

Aujourd'hui, 132 maisons détruites ou atteintes au point d'être condamnées.

Ainsi, une seule maison rappellera plus tard aux autres générations, les deux agglomérations situées l'une autour de l'église, avec l'école, les deux châteaux et les fermes, l'autre tout au long de la route de Rouen - le village de la rue - l'habitat du commerce et des artisans.

Et pourtant derrière les pans de murs qui restent, on vit. Miracle de la terre normande qui ne veut pas mourir, de ces rudes gars ancrés à leur sol au point de lui rester fidèles dans la pire des épreuves, Sannerville renaît !

Comme ces cités rasées à l'autre guerre, on s'attendait peut-être à voir planter ici l'atroce inscription : "Ici fut une commune française". Non, la mort a pu passer; sa place n'est plus là. Et pourtant !

Verdun, le chemin des dames, c'est à ces visions d'enfer que pensaient les anciens lorsqu'ils retrouvèrent leur commune après sa libération, le 18 juillet 1944. Depuis la nuit du 5 au 6 juin, on s'y battait âprement, avec un acharnement qu'expliquait la position en charnière.

Les premiers parachutistes avaient touché le sol en même temps qu'à Ranville et s'étaient accrochés aux pentes de la Butte Verte. Les boches étaient dans le pays. Chaque jour, en vain, les canons hurlaient et les attaques se succédaient. Sannerville, dont chaque maison était un nid de résistance, fut quand même aux alliés. Mais le 18 juillet, il fallut lancer l'aviation à l'assaut. 1400 tonnes de bombes en 10 minutes !

"Il ne reste rien chez vous, devait dire un officier anglais, mais c'était nécessaire."

Pour rentrer dans les ruines des maisons, il fallait ramper, passer des trous.

Ce que furent les premiers temps ?

Terribles, impossibles à décrire. Après avoir bouché les brèches avec des pierres mêlées d'argile - il n'y avait qu'à se baisser sur les trous de bombes pour en recueillir tant qu'on voulait - les sinistrés couvrirent les poutres de tôles percées, récupérées dans les abris des troupes. Il fallut passer le premier hiver sans portes, sans fenêtres, sans carreaux, sans éclairage. La pluie s'infiltrait partout, la fumée empestait l'atmosphère des gîtes sans cheminées.

Et les animaux ! On n'osait pas se risquer dans les champs farcis de mines. Et puis, par pitié, parce que les bêtes mourraient de faim, on alla pourtant jusque dans la neige arracher le blé et les betteraves abandonnées.

Le bétail vivait nuit et jour à la belle étoile. Il y en avait d'ailleurs si peu. La plus grosse partie du cheptel avait été décimée.

Et aujourd'hui, comment vivent-ils à Sannerville ? Dans la ferme qu'occupe avec ses deux enfants une veuve qui cultive cinquante hectares, on plonge dans la boue jusqu'au mollets. Deux pièces pour tout faire. Et ce sont des privilégiés.

 

(Source : Journal Normandie du 20 janvier 1947 par P.Guichard)


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